Vendredi, 17 h 40. La comptable reçoit un mail du gérant, en déplacement : une facture à régler avant ce soir, un dossier confidentiel, « je compte sur votre discrétion, je vous explique lundi ». Le ton est le sien, la signature aussi. Lundi, le gérant n'est au courant de rien, et l'argent est à l'étranger.
Cette fraude n'a rien de technique. Elle ne force aucun système : elle demande poliment à quelqu'un de faire un virement.
En 2025, la fraude au virement a représenté 13,5 % des demandes d'assistance des entreprises et associations auprès de Cybermalveillance.gouv.fr, en hausse de 93 % sur un an. Elle est entrée dans les trois premières menaces pour les professionnels.
Les trois scénarios les plus courants
- Le faux dirigeant. Un appel ou un mail au nom du président, parfois relayé par un prétendu avocat. Le prétexte : une opération confidentielle et urgente. La gendarmerie note que ces demandes arrivent souvent en soirée, pendant les vacances ou un pont, quand la comptabilité tourne en effectif réduit.
- Le faux RIB fournisseur. Un mail, à l'en-tête d'un fournisseur habituel, annonce un changement de banque. Les factures suivantes, bien réelles, sont payées sur le compte de l'escroc. C'est la variante la plus discrète : on s'en aperçoit quand le vrai fournisseur relance.
- La fausse mise en conformité. Un organisme au nom officiel réclame un paiement pour une obligation réglementaire : accessibilité, RGPD, registre.
Comment les escrocs se préparent
La CNIL décrit une méthode en trois temps. D'abord la collecte : organigramme, noms des fournisseurs, offres d'emploi, réseaux sociaux, tout ce qui est public. Ensuite la préparation : un nom de domaine presque identique au vôtre, à une lettre près, ou la prise de contrôle d'une vraie boîte mail après un vol de mot de passe. Enfin le message, au bon moment, à la bonne personne.
Quand le mail part d'une vraie boîte piratée, il n'y a aucune faute d'orthographe à repérer et aucune adresse étrange. Le seul indice est la demande elle-même.
Les signaux qui doivent arrêter la main
- L'urgence : « avant ce soir », « avant la clôture ».
- Le secret : « n'en parlez à personne ».
- La demande de sortir de la procédure habituelle.
- Un changement de coordonnées bancaires.
- Un numéro de téléphone à rappeler fourni dans le message lui-même.
La règle qui arrête la fraude
Aucun virement inhabituel et aucun changement de RIB sans un contre-appel, à un numéro que vous connaissiez déjà. Pas le numéro du mail, pas celui de la signature : celui de votre carnet d'adresses ou du contrat.
C'est la mesure que recommandent la CNIL comme la gendarmerie, et elle ne coûte rien. Elle fonctionne à une condition : que le dirigeant l'ait lui-même annoncée, et qu'il ait dit clairement que personne ne sera jamais sanctionné pour avoir vérifié une demande venant de lui.
Autour de cette règle :
- une double validation pour les virements au-dessus d'un montant que vous fixez ;
- une liste à jour des contacts chez vos fournisseurs et vos clients ;
- la double authentification sur les boîtes mail, pour qu'un mot de passe volé ne suffise pas à en prendre le contrôle ;
- la protection de votre nom de domaine (SPF, DKIM, DMARC), qui empêche un tiers d'envoyer des mails en se faisant passer pour vous ;
- de la discrétion sur qui, dans l'entreprise, a le pouvoir de faire des virements.
Si le virement est parti
Chaque heure compte.
- Appelez votre banque immédiatement pour demander le rappel des fonds. Plus le temps passe, moins il y a de chances de les récupérer.
- Conservez toutes les preuves : mails avec leurs en-têtes, numéros appelants, relevés.
- Contactez la gendarmerie ou le commissariat pour déposer plainte. Si les fonds sont à l'étranger, les enquêteurs peuvent tenter de les faire bloquer.
- Changez les mots de passe des boîtes mail concernées et vérifiez qu'aucune règle de transfert automatique n'y a été ajoutée.
- Cherchez la faille : boîte mail piratée, information trop publique, procédure contournée.
Ce que vous pouvez faire maintenant
- Annoncez la règle du contre-appel à toute personne qui touche aux paiements, par écrit.
- Activez la double authentification sur les boîtes mail du dirigeant et de la comptabilité.
- Vérifiez qu'un changement de RIB fournisseur ne peut pas être enregistré par une seule personne.
Sources
- Cybermalveillance.gouv.fr, rapport d'activité 2025
- CNIL, « Le faux ordre de virement international ou fraude au président »
- Gendarmerie nationale, « Comment se prémunir contre les escroqueries aux faux ordres de virement ? »
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